Actualités GO Export > Archives - Listes d'articles > La Chine: Opportunité ou menace?
2/20/2004 | Actualités
La Chine: Opportunité ou menace?

La concurrence chinoise fait de plus en plus mal au secteur manufacturier des Laurentides. À ce point-ci, il apparaît clair que les entreprises qui ne s'outillent pas pour affronter l'envahisseur pourraient perdre d'importantes parts de marché et ainsi être acculés à la fermeture. À plus long terme, cette concurrence pourrait avoir un certain effet bénéfique en ce qui a trait à l'efficacité et à la productivité des entreprises, mais à court terme, elle pourrait engendrer des dégâts.

Ce n?est plus un secret pour personne, la compétitivité des entreprises chinoises repose en grande partie sur les prix dérisoires grâce à des coûts de production très bas. C'est pourquoi 400 des 500 plus grandes entreprises mondiales y ont installé une partie de leur production. Il faut dire que le salaire mensuel moyen dans l'industrie manufacturière y est de 100 $ US !

Les entreprises d'ici les plus touchées sont celles des secteurs de la chaussure, du meuble, du textile et du vêtement, du jouet, de l'électronique et de l'électroménager.

En 2001, les exportations chinoises se sont élevées à 2,8 millards de dollars (G$) par rapport à 317 M$ en 1988. La moitié de ces exportations était composées de vêtements et d'accessoires, de produits électriques ou électroniques et de jouets.

Ce constat est d'autant plus surprenant en sachant qu'il y a 5 ans, les perspectives de croissance de la Chine étaient mitigées. Durant ces années, la Thaïlande, l'Indonésie, la Corée du sud et la Russie subissaient de fortes dépréciations de leur monnaie et le phénomène tendait à se répandre partout en Asie du Sud-Est. Les exportations de la Chine devenaient alors de moins en moins compétitives face à ses adversaires asiatiques. La fixation du Yuan par le gouvernement à 8,28/$US a rétablit la situation temporairement afin d'éviter un désastre économique.

Ces jours-ci, Beijing subit toujours la pression de ses partenaires commerciaux importants (Japon et États-Unis) afin de réévaluer le Yuan toujours fixé à 8,28/$US. Ils désirent ainsi ralentir le raz-de-marée des exportations chinoises qui, en plus d?être produites à prix très bas grâce entre autres à la main d'oeuvre bon marché, jouissent d?un taux de change plus que favorable. La surproduction des industries chinoises au cours des dernières années est un autre facteur contribuant à lui seul à une pression de 10 % à la baisse des prix des produits chinois.

Pendant ce temps, la croissance des exportations chinoises dépasse les 10 %?

Le problème, vous l'aurez compris, est que les prix chinois deviennent désormais les prix de référence dans de nombreuses industries. Même si, pour l'instant, ce ne sont pas tous les produits canadiens qui entrent directement en compétition avec les produits chinois, la Chine évolue de plus en plus rapidement vers les industries de pointe. En clair, cela signifie qu'à moyen terme, tous les produits canadiens seront en compétition avec leurs équivalents chinois, même dans les industries à forte valeur ajoutée.

Une des solutions semble résider à premières vues dans la réévaluation du Yuan par rapport aux autres devises afin de rendre les exportations chinoises moins compétitives. Cependant, même si les États-Unis et le Japon réussissaient à convaincre le gouvernement chinois en ce sens, la compétitivité chinoise est tellement forte qu'elle pourrait, selon les spécialistes, facilement compenser à une réévaluation de la devise. De plus, les 53 milliards $US qui entrent chaque année en investissements étrangers directs servent à construire des usines à la fine pointe, ce qui engendre une hausse de productivité de 4 % annuellement selon la Banque nationale chinoise. En 2002, la Chine a déclassé les États-Unis en tant que première destination mondiale de l?investissement étranger direct.

De plus, un Yuan plus fort rendrait l'importation en sol chinois de nouvelle machinerie et de matière première encore moins cher, ce qui engendrerait une pression à la baisse sur les coûts?

Il semble bien que peu de choses puissent freiner l'expansion des exportations chinoises et ce, dans tous les secteurs d'activités. À ce point-ci, la solution ne réside pas dans la contestation de cette concurrence que plusieurs jugent déloyale, mais bien dans la recherche de facteurs de différenciation qui rendraient les produits fabriqués ici moins vulnérables.

L'autre opportunité qui s'offre aux entreprises québécoises est de tirer partie de l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce afin de profiter, comme 400 autres entreprises canadiennes, de nouveaux débouchés qui leurs étaient fermés auparavant et ainsi atteindre la classe moyenne chinoise (200 millions de personnes) selon le principe « if you can't beat them, join them ».

De toute façon, selon les spécialistes, les prix extrêmement bas des produits chinois resteront tant qu'il n'y aura pas un ralentissement marqué de l'afflux d'ouvriers des campagnes chinoises vers les grands centres industriels. Un processus qui prendra des décennies.