Manufacturiers Laurentiens, attachez vos tuques en 2026 !
L'année 2026 représente un carrefour historique pour l'industrie manufacturière québécoise. Après avoir traversé les turbulences de la reprise post-pandémique, les chocs inflationnistes et les tensions commerciales avec les États-Unis, le monde manufacturier entre dans une phase de redéfinition très importante.
Nous entrons de façon très concrète dans une transformation portée par la convergence de l'intelligence artificielle "agentique", le développement de nouveaux marchés et corridors d’échange (Europe et Canada principalement) et une crise de la main-d'œuvre qui accélère l'adoption technologique.
Pour le Canada, la croissance projetée du PIB manufacturier (0,0 % à 1,2 %) devrait être davantage supportée par les innovations sur les produits (valeur ajoutée) que sur les innovations en productivité (volumes, profitabilité). Notre tissu industriel étant davantage spécialisé dans les petites et moyennes productions, il y a un intérêt stratégique à poursuivre sur cette spécialisation.
D’ailleurs, l’accélération de l’acquisition de capacités technologiques pourrait davantage se faire par des fusions et acquisitions que par les années précédentes: Les problèmes de relève entrepreneuriale québécoise jumelé au faible taux d’intérêts prévus pourraient contribuer fortement à cette pratique.
Incertitude tarifaire
L'ombre des tarifs douaniers persiste. L'industrie attend des décisions cruciales de la Cour suprême des États-Unis concernant l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). Cette volatilité juridique force les entreprises à la prudence. Pour les fabricants québécois, cette incertitude renforce la nécessité de surveiller la situation de près, diversifier les marchés et de consolider leur position de partenaire "sûr" au sein de l'accord ACEUM, minimisant ainsi les risques transfrontaliers.
D’ailleurs, pour réaliser une surveillance, un nouveau service est disponible ici: ! https://www.laurentidesinterna...
L'Ère de l'ia agentique
La tendance technologique majeure de 2026 est le passage de l'IA générative à l'IA "agentique". Contrairement aux systèmes passifs, ces agents possèdent une autonomie d'action : ils peuvent percevoir, raisonner et exécuter des tâches complexes sans intervention humaine constante. Concrètement, un agent IA peut désormais gérer de manière autonome les perturbations de la chaîne d'approvisionnement : détecter une pénurie, évaluer les alternatives, et négocier directement avec les fournisseurs pour passer commande.
Pénurie de main-d’oeuvre et industrie 5.0
Je suivait un panel en début de journée sur les défis liés à la main d’œuvre dans le secteur de la machinerie industrielle, on a beaucoup parlé d’automatisations versus la robotisation.
En 2026, l’automatisation ne vise pas à remplacer l'humain, mais à prendre en charge les tâches dangereuses ou répétitives. Cela permet de revaloriser les postes techniques et d'attirer une nouvelle génération de travailleurs cherchant des environnements "high-tech".
Ce changement de perspective semble accélérer l’adoption des technologies manufacturières et pourrait être plus porteuse pour l’avenir. On préparera les changements plus drastiques des méga-usines robotisées et autonomes comme BYD en Chine pour les années à venir. (Je vous en reparle en 2027)
Régionalisation
La fragilité des chaînes logistiques mondiales a imposé le "near-shoring" comme norme stratégique. On parle de plus en plus de souveraineté manufacturière, comme on parle de souveraineté numérique et alimentaire. Ceci devrait créer beaucoup d’opportunités localement, si les priorités stratégiques se concrétisent sur le terrain.
Corridors d’échange
Le récent déplacement du Premier ministre Canadien en sol Chinois pourrait consolider le positionnement canadien comme carrefour international d’échanges, surtout si d’autres pourparlers portent leurs fruits, notamment avec les Émirats-Arabes Unis, Arabie Saoudite, le Qatar dont les communications se sont accélérées fin 2025.
Résilience
La philosophie de gestion des inventaires évolue. Le modèle "Juste-à-temps" cède du terrain au "Juste-au-cas-où" (Just-in-Case) pour les composants critiques. Les entreprises accumulent des stocks stratégiques et diversifient leurs fournisseurs pour éviter les ruptures. L'automatisation logistique et les tours de contrôle Supply Chain permettent de gérer cette complexité croissante en offrant une visibilité en temps réel de bout en bout.
Cybersécurité
Avec la convergence IT/OT, la cybersécurité est devenue un enjeu opérationnel majeur. En 2025, 18 % des PME manufacturières ont subi une violation de données. La protection de la propriété intellectuelle et la résilience des systèmes de production contre les cyberattaques sont désormais des critères de qualification essentiels pour intégrer les chaînes d'approvisionnement des grands donneurs d'ordre.
Conclusion
L'année 2026 ne sera pas celle du retour au calme, mais celle de l'accélération. Pour les industriels, la réussite repose sur quatre piliers : l'adoption de l'IA agentique pour gagner en autonomie, la localisation de la production pour gagner en résilience, la valorisation du capital humain pour combler le déficit de compétences, et une vigilance accrue face aux cyber-risques. Ceux qui sauront combiner ces éléments définiront les standards de la nouvelle ère industrielle.